Jamais aucun animal n'aura autant fouetté l'imaginaire européen. Le loup ! Il a hanté nos nuits et nos peurs, il habite notre esprit depuis des millénaires. De quoi ne l'avons-nous pas accusé, de quoi ne l'aurons-nous pas puni ? A tel point que, depuis plus d'un demi-siècle, il a été définitivement éliminé de notre pays. Mais voici que le loup revient. En 1992, il s'est d'abord installé dans le massif du Mercantour, et aujourd'hui dans une partie des Alpes.
Comment a-t-il fait ? Par quelles étapes est-il remonté d'Italie, des Abruzzes et des abords de Rome ? Comment a-t-il évité piégeurs et tueurs ? Par quels chemins de crête se sera-t-il faufilé ? C'est son secret, son mystère. L'important est qu'il nous donne une seconde chance, sans doute la dernière. La chance de repenser et refonder notre relation à la vie sauvage sur des bases moins violentes.
  La planète est en train de subir une crise dramatique, au cours de laquelle des milliers d'espèces végétales et animales vont disparaître à jamais. Préserver la biodiversité de ces espèces et de ces variétés n'est pas qu'un slogan de plus dans les discours, c'est une obligation qui s'impose à tous. Sur ce terrain, il est sans doute plus facile de faire la leçon à l'Afrique, pourtant ravagée par la misère, les guerres et la maladie. Mais à bien y penser, les loups sont tout simplement nos éléphants, et nous avons aujourd'hui le savoir-faire nécessaire pour vivre avec eux en véritable cohabitation. Combien sont-ils chez nous ? Peut-être une trentaine, ce qui serait déjà trop à en croire certains. Plusieurs loups ont été tués, le plus souvent empoisonnés, comme jadis. D'autres le seront peut-être au printemps par des chasseurs hors-la-loi. Or, aucune autorité publique n'a le courage d'élever la voix pour rappeler que le loup est un animal protégé par une convention internationale signée à Berne, ainsi que par la directive Habitats. Et qui oserait reconnaître que le retour du loup est au fond un magnifique hommage qui nous est fait ?
Pourquoi le loup fait peur ?
Au Moyen Age, l'idée du loup s'articule en un stéréotype très négatif qui exclut les origines mythologiques classiques de cet animal.
Dans la tradition gréco-romaine, le loup est une des formes de Zeus; animal consacré à Mars, il s'associe aussi à Apollon et dans sa "version féminine", il est la nourrice de Romulus et Rémus.
Plus loin encore, le loup accompagnait le Dieu SETH en Egypte ancienne, et le Dieu Oupouaout, vénéré dans la ville d'Assiout, baptisée Lycopolis (la ville du loup) par les Grecs. Chez les Egyptiens comme chez les Etrusques, le loup avait pour fonction d'accompagner les âmes dans le monde des morts.
Au Moyen Age, le loup est devenu animal maléfique. Au 12 e et 13e siècle la famine a c'est vrai poussé les loups jusque dansles villages pour trouer à manger. Mais c'est surtout le christianisme qui a assimilé le loup au démon.
Comme le chat, le loup possède des yeux qui catalysent l'attribution de propriétés magiques; ils brillent de méchanceté dans l'obscurité de la nuit, le royaume du démon. Mais au contraire pour les populations nordiques et pour les Grecs, c'est parce que ses yeux brillent qu'il symbolise la lumière. En Chine, l'étoile Sirius porte le nom de "Loup céleste", gardien du "Palais céleste", à savoir la Grande Ourse.
Dans la tradition nordique, ce sont les étoiles que le loup dévore, et non les hommes, il illustre la mort cosmique. Le loup est porteur de la bouche des enfers ouverte à l'horizon de la terre (mythologie scandinave)